Joanny

Joanny A Baneins, Monsieur et Madame Didienne sont des figures incontournables. Présents aux diverses animations et cérémonies, ils occupent une place à part dans l’histoire récente de notre village.

Avec vous qui les connaissez bien, ou au contraire, qui venez d’arriver dans la commune, prenons un moment pour écouter leur histoire et leurs différentes contributions à l’aménagement de notre lieu de vie.

Natif de Dompierre, Monsieur Didienne passe toute son enfance et son adolescence dans le village voisin (de 1922 à 1949). Suite à une grave blessure par éclat d’obus lors de la Grande Guerre, son père, occupe dans un premier temps la fonction de facteur puis il loue une petite ferme de 8 ha avec 3 parcelles où Monsieur Didienne apprend les bases du métier de cultivateur.

Avec l’âge adulte, arrive la Seconde Guerre mondiale. Les chantiers de jeunesse dans le Jura, sorte de service militaire sans arme occupe l’année 1942. Mais en 1943, c’est le STO (service du travail obligatoire) qui l’oblige à quitter le foyer de Dompierre pour rejoindre une ferme en Allemagne pendant 2 ans. A l’époque, rejoindre le maquis était tentant mais une rumeur courait dans les campagnes environnantes. Elle disait que les parents seraient pris en otage si les enfants ne partaient pas. Du coup Monsieur Didienne et son groupe d’amis préfère prévenir tout risque pour leurs familles et partent. Par chance les conditions ne seront pas trop difficiles. Ils seront délivrés par les soviétiques, et le retour se fera juste après le 8 mai grâce à la présence proche des américains.

Après la guerre il revient et travaille comme ouvrier agricole 1 an. Puis de 46 à 49 il travaille dans l’exploitation paternelle avant de rencontrer la femme de sa vie, une belle Chatillonnaise qu’il emporte en 1949, trois ans après leur mariage, vers les cieux prometteurs de Baneins.

Ils louent une ferme de 16 ha qui n’est alors pas des plus facile à cultiver en raison des pentes importantes sur l’ensemble de ses terres. Celles-ci sont exploitées en polyculture sans matériel au départ, si ce n’est 2 bœufs. Il faut aménager les terres, en particulier poser des drains pour cultiver dans des conditions correctes. Les journées de 14 heures s’enchaînent mais l’époque est à la croissance et le labeur est peu à peu récompensé.

Une évolution progressive de l’exploitation, avec l’achat puis l’élevage de génisses, va permettre d’acquérir deux chevaux qui remplacent les bœufs. Mais pour aller vendre la production au marché de Chatillon, le trajet n’est alors pas aussi simple qu’aujourd’hui, jusqu’à l’acquisition de la 1ère voiture en 1954 puis du 1er tracteur en 1958.

Pour la famille, les conditions sont elles aussi difficiles, faute de temps et de ramassage scolaire, les enfants vont à l’école à pieds y compris les années de grand froid comme en 1962.

Dans son métier, la liberté dans le travail, dans les choix des cultures, d’élevage… amènent une diversité et des innovations qui permettent d’évoluer et de se renouveler. Le travail assidu permis ainsi d’acheter la ferme en viager et d’acquérir ainsi son outil de production.

Mais le travail reste pénible malgré cette modernisation progressive. Même si le recours à l’emprunt est possible il est peu utilisé, amenant une évolution lente de l’exploitation.

Dans ce contexte difficile la solidarité et les débuts des coopératives agricoles permettent une mécanisation progressive. On commence par la mise en place de l’ensilage avec des agriculteurs des environs.

Les coopératives se multiplient, et Monsieur Didienne y prend part activement en tant qu’administrateur : coopérative laitière, agricole, à la CUMA qu’il a fondé avec ses voisins, secrétaire de la fédération pour la commune, administrateur au Crédit Agricole. A l’époque seule cette dernière fonction donne droit à une petite indemnité, qui, mise en commun avec les autres administrateurs, permettra de financer de petits voyages de quelques jours chaque année permettant de prendre un peu de repos bien mérité.

Des mutations importantes réforment le monde agricole d’alors : après la mécanisation, le remembrement arrive

à son tour. Il nécessite de nombreuses réunions pour le mener à bien. Quelques difficultés existent mais elles s’arrangent à l’amiable. Pour Monsieur Didienne, cette réorganisation a permis d’assainir les terrains, d’agrandir les routes et d’exploiter plus facilement les parcelles. C’est une responsabilité qu’il a menée aussi en tant que maire, nous amenant ainsi à présenter les fonctions qu’il a remplies au service de ses concitoyens.

Il est élu en 1959, il sera présent 36 ans au conseil municipal, 16 ans en tant que conseiller, 2 ans comme 1er adjoint et 18 ans dans la charge de maire du village. A l’époque Baneins compte 250 habitants et une classe de 7 élèves. Le bénévolat est primordial, l’indemnité de maire est souvent réemployée pour la commune et les travaux sont souvent réalisés par le Conseil Municipal. Les réunions ne sont pas à date fixes. On convoque le Conseil selon les besoins. Une secrétaire définie par M. Didienne comme très compétente est en place et gère la vie de la commune. Un cantonnier s’occupe déjà de l’entretien mais très souvent avec l’aide du maire et de ses conseillers. Ces années de mandat sont occupées par de nombreux projets et réalisations :

Comme le dit Monsieur Didienne sans fausse modestie, « nous avons bien travaillé ».

Parmi ses souvenirs notés précieusement dans des carnets, mais sans les dates, on peut citer quelques belles réalisations :

La rénovation de la salle des fêtes, son agrandissement progressif et le remplacement des 2 poils à bois que le cantonnier venait éclairer forment un peu le fil rouge de ses différents mandats qui ont transformés le cœur du village.

La vente d’un bois sous le mandat de son prédécesseur permis l’achat du plan d’eau et la création du plateau éducatif et des terrains de boule.

L’assainissement du cœur du village, la voierie avec de nombreuses routes goudronnées, des travaux faits à l’école comme le réaménagement et surtout l’isolation de la cantine ou encore des remaniements fonciers qui sont faits au centre du village de sorte que la place de l’avenir sera crée après le rachat d’une bande de terrain au restaurant et par l’agrandissement des terrains autour de la salle des fêtes.

Mais il y a aussi toutes les actions moins visibles dans lesquelles s’investissent souvent physiquement les membres du Conseil :

Par exemple, la création du ramassage des ordures par un bénévole qui passe dans le village avec son tracteur et dépose les déchets dans un remblai (vers le pont, sur la route de Belleville) et que Monsieur Didienne va remplir et modeler avec son tracteur le samedi matin.

Des travaux faits entre autres avec Messieurs Berthier, Blondel et Durand, comme les plantations au lavoir et son aménagement, le défrichage autour de la statue de la vierge, des nettoyages divers à la mairie, à la salle des fêtes pour vider l’ancien local à charbon, au presbytère avec le curé en place, pour aménager les combles et drainer le tour du bâtiment. Ou encore avec la réalisation du passage à guai et de la passerelle sur le Mazanant et la création d’un barrage pour retenir le plan d’eau, et enfin la création de la lagune et son entretien.

D’autres actions moins spectaculaires, servent à conserver une bonne organisation dans la commune et à améliorer les services et la qualité de vie des habitants.

Monsieur Didienne se remémore ainsi les travaux au cimetière pour ordonner les tombes et créer un plan.

La création du regroupement pédagogique avec Dompierre qui a permis d’augmenter le nombre d’élèves inscrits à Baneins alors très faible et de sauver l’école.

La création d’une taxe locale sur le foncier afin de compenser les routes abîmées lors des constructions des maisons qui avec les aides de l’Etat en place, permettait quelques rentrées d’argent alors que la fiscalité restait basse et constante.

Enfin, la création du club des personnes âgées qui était animé une fois par mois par une association du village permit de lier les générations et de conserver les anciens sur place. A l’époque Baneins comptait déjà 8 sociétés dont la gym, qui dynamisaient le village et en faisaient déjà un lieu de vie privilégié.

Cette biographie sommaire est loin de relater toutes les actions menées par Monsieur Didienne ; toujours secondé et soutenu par sa femme ; mais elle montre à quel point elle fut riche et dense. Ses préoccupations en particulier lors de ses différents mandats furent avant tout de servir les autres et d’améliorer la vie du village. L’époque n’était pas la même et les préoccupations peut-être moins individualistes, mais comme aujourd’hui, le bénévolat était indispensable pour faire vivre notre commune. N’oublions pas de partager des moments entre nous, Baninois de souche ou nouveaux arrivants, en particulier avec nos anciens et à mener des actions pour continuer à faire de notre village un lieu privilégié où il fait bon vivre.

Yves Dehecq