Jean

jeanInterview de Jean Ducrozet

Depuis plusieurs générations la famille Ducrozet est établie à Baneins au hameau des Bagés.

Agriculteurs de père en fils, ils travaillent sur une exploitation familiale traditionnelle autour de l’élevage, la culture, la production de lait et de fromage de chèvre.

Jean est né en 1941 à la maternité de Châtillon-sur-Chalaronne. Il va à l’école à Baneins jusqu’à 14 ans, puis à Chatillon aux cours post-scolaire pendant 3 ans. À cette époque, la ferme compte sept à 8 ha répartis sur la commune de Baneins. On élève des vaches, des cochons, des poules, des lapins et des chèvres. La production des 4 ou 5 vaches de la ferme part à la laiterie de Saint Étienne sur Chalaronne. Cette laiterie, qui ferma dans le milieu des années 70, produisait entre autres un fromage nommé « Parbressan », à l’initiative de son directeur de l’époque, avec le même procédé de fabrication que le parmesan. Jean se souvient être allé à la laiterie pour retourner les meules de fromages lorsque l’entreprise était en difficulté. Après la fermeture de cette laiterie, c’est la laiterie de Grièges qui prendra le relais. La « paye de lait » était souvent la bienvenue pour régler les notes de la famille. Les autres productions servaient essentiellement à nourrir les membres de la famille, le cochon pour la viande, les poules pour les œufs et la viande, les chèvres pour la production de fromage. Les lapins étaient vendus, notamment sur le marché de Saint Didier sur Chalaronne et sur celui de Chatillon. Au début les lapins étaient emportés au marché avec le Solex. Plus tard la voiture pris le relais. Les vaches étaient également attelées pour les travaux des champs. Gamin, Jean tenait la corde de la vache qui tirait la sarcleuse.

En 1961, Jean part faire son service militaire. Il ne reviendra qu’en 1963 après 13 mois passés en Algérie.

À son retour, Jean devient aide familial dans la ferme avec ses parents. Il le restera jusqu’à la retraite de sa mère, son père étant décédé en 1973. À ce moment, la ferme compte environ 18 ha et le nombre de vaches laitières monte à neuf. L’élevage de lapins, compte quant à lui jusqu’à 60 mères.

La ferme possédait également deux petites parcelles de vigne, dont une sur la colline du Déromptey qui fut arrachée au moment du remembrement.

Deux années, au moment de la saison des battages, Jean travaille pour l’entreprise Puget à Saint-Etienne-Sur-Chalaronne pour lier les bottes avec du fil de fer. Il en garde des souvenirs pleins de poussière.

Agriculteur et apiculteur Vers l’âge de 15 ans, Jean découvre l’apiculture grâce à son grand-père maternel (le grand-père Meunier) qui possède quelques ruches et qui lui donne son premier essaim. À cette époque plusieurs agriculteurs de Baneins avaient quelques ruches sur leur ferme. La plupart du temps il s’agissait de troncs creux dans lequel on mettait l’essaim et que l’on souffrait pour récupérer le miel. La colonie était donc détruite si l’on voulait récupérer du miel. Le miel était récupéré par pressurage des rayons.

Jean se souvient de sa première récolte, 8 à 10 kg de miel, pour laquelle il était allé chercher à pied un extracteur chez un apiculteur de Clémentiat. Les premières années sont difficiles, et, après quelques allers retours chez le grand-père pour récupérer des essaims, le soir à vélo ou à Solex, Jean arrive à cinq ou six ruches au moment où il part à l’armée. Il achète son premier extracteur chez Manufrance.

À son retour de l’armée, il augmente petit à petit son activité d’apiculteur et, compte jusqu’à 80 ruches lorsqu’il est à son compte. Avec l’apparition de certaines cultures, notamment le tournesol et le colza dans les années 70, la production de miel augmente et sa vente se fait en gros.

Pour produire du miel il faut des fleurs. Au cours de sa carrière d’apiculteur, qui n’est pas terminée, Jean a constaté une évolution du paysage et de ses ressources. Avant le remembrement, les abeilles allaient beaucoup dans les haies qui bordaient les champs et dans les prairies. Le miel produit était un miel toutes fleurs à base de trèfle blanc, de tilleul, de ronces, d’acacia…

À partir des années 80 et l’arrivée du Roundup (herbicide total), de nombreuses fleurs qui poussaient naturellement après les récoltes, par exemple la ravenelle, ont disparu. Au même moment, la culture massive de colza a engendré la production d’un miel monofloral de couleur claire et qui cristallise rapidement lorsqu’il se refroidit, nécessitant une extraction et un conditionnement rapide, et donc un bon savoir-faire de l’apiculteur. Jean regrette également que certaines variétés de tournesols et de colzas semées aujourd’hui soient beaucoup moins mellifères qu’auparavant.

Plusieurs facteurs compliquent également le travail des apiculteurs : l’utilisation massive de certains insecticides, tel que le lindane avant son interdiction en 1998, ont produit des dégâts importants sur les colonies d’abeilles. Jean se souvient d’un empoisonnement important de ses colonies en 65 suite à un traitement avec ce produit. Les insecticides actuels, dit systémiques, sont véhiculés par la sève de la plante et même s’ils sont moins violent, peuvent provoquer des intoxications chroniques aux effets moins visibles (perte du sens de l’orientation par exemple, diminution de la ponte pour la Reine). Mais l’agriculture n’est pas seule en cause, et, comme le souligne Jean, l’apiculture intensive est également responsable de la fragilisation des colonies, notamment par les manipulations génétiques des espèces d’abeilles et l’importation de reines italiennes dès les années 70. Cette fragilisation les rend plus vulnérables aux différentes maladies et parasites de la ruche. Parmi ces parasites le varroa est le plus souvent cité, mais l’avancée du frelon asiatique est guettée de près par les apiculteurs car celui est capable de provoquer de gros dégâts dans la ruche.

Malgré ces difficultés, c’est avec passion que Jean poursuit son activité d’apiculteur, alors qu’il a arrêté depuis quelques années son métier d’agriculteur. Il récupère encore, ici et là, des essaims quand on fait appel à lui, ce fut le cas ce printemps avec un essaim qui s’était logé derrière les volets fermés du bâtiment de la cure. Vous pouvez d’ailleurs lui rendre visite si vous voulez lui acheter du miel.

A cette occasion vous rencontrerez également Jeannette, sa compagne, un peu jalouse du temps que Jean passe avec ses abeilles.